La Neuro-Odyssée : 1900 kilomètres
pour re-câbler le cerveau
Roland Crettaz a traversé le TDAH, l'alcool, les médicaments et le tabac. Aujourd'hui il marche de Saint-Maurice à Saint-Jacques-de-Compostelle pour démontrer qu'un cerveau en souffrance peut se reconstruire.
Paru dans Le Carrefour
La rencontre de Roland Crettaz, coach certifié en neurosciences et nutrithérapeute diplômé, a fait l'objet d'un reportage de deux pages dans l'édition de mai 2026 du journal régional Le Carrefour (N°248), suivi d'un entretien « Dix questions ».
Lire l'article original (PDF)En août 2026, Roland Crettaz quittera Saint-Maurice avec pour horizon l'Atlantique espagnol. Près de 1900 kilomètres à pied, seul, à travers la Suisse, la France et l'Espagne. Un défi physique colossal, certes, mais surtout une aventure humaine et neurologique née d'un parcours de vie marqué par les addictions, l'épuisement et une profonde reconstruction intérieure. À travers ce projet baptisé « Neuro-Odyssée », le Valaisan souhaite transmettre un message fort : le cerveau humain possède une capacité de transformation immense lorsqu'on cesse enfin de lutter contre soi-même. « Je vais marcher pour prouver qu'un cerveau TDAH et des addictions ne sont pas des fatalités. »
De la survie à la transformation
« Pendant longtemps, j'ai cru que le problème venait de moi. » Roland Crettaz parle volontiers de cette fausse croyance qui a contribué à l'attirer vers le bas. « Je pensais manquer de volonté, de discipline… alors je faisais comme beaucoup de gens : je tenais. » Pendant des années, Roland Crettaz donne en effet le change. Il travaille, avance, continue malgré un système intérieur qui sature peu à peu. Derrière le quotidien apparemment normal, la fatigue devient chronique. « Le matin, je me réveillais fatigué. Le stress était déjà là avant même le premier café », raconte-t-il.
Avec ce stress omniprésent, les compensations s'installent ; les cigarettes pour apaiser le système nerveux, l'alcool pour ralentir le mental, les médicaments pour dormir ou simplement tenir encore un peu. « Je fonctionnais, mais je ne vivais plus vraiment. »
« Le plus difficile avec l'épuisement, ce n'est pas forcément le moment où tout s'écroule. C'est quand l'effondrement devient silencieux et que l'on continue à sourire, à répondre ça va, alors qu'au fond, on sent qu'on se perd doucement. »
Son corps finit toutefois par imposer l'arrêt brutal avec trois pancréatites aiguës successives : la dernière a failli l'emporter. « À 31 ans, j'ai sérieusement frôlé la mort. » Cet épisode agit comme un basculement. « Quelque chose change profondément, parce qu'on comprend soudain que la vie peut s'arrêter beaucoup plus vite qu'on l'imagine. Je me suis vu glisser vers quelque chose de sombre et pour la première fois, je ne pouvais plus faire semblant. »
Comprendre les signaux
Aujourd'hui, Roland Crettaz affiche vingt-trois ans sans alcool, vingt ans sans médicaments et onze ans sans cigarette. Avec le recul, il refuse toutefois de réduire son histoire à une simple question de dépendance. « Ces produits n'étaient pas le problème. Ils étaient surtout des tentatives maladroites pour calmer un système intérieur complètement saturé. Je me souviens encore du moment où j'ai compris que ma vie ne m'appartenait plus vraiment. Je dépendais de choses extérieures pour réussir à me sentir normal. »
Derrière les comportements addictifs, il découvre progressivement une réalité plus complexe liée au système nerveux, au stress chronique et à l'épuisement du cerveau. « Beaucoup de comportements que l'on juge, addictions, fatigue chronique, anxiété, perte de contrôle, ne sont pas simplement des problèmes de volonté. Souvent, ce sont des signaux. Des signaux d'alarme d'un corps et d'un cerveau poussés trop loin. » Cette prise de conscience devient le point de départ d'un immense travail de compréhension. Une question s'impose alors à lui : pourquoi mon cerveau a-t-il autant besoin de tout ça pour fonctionner ? « C'est là que mon véritable chemin a commencé. J'ai commencé à apprendre autrement. »
Comprendre plutôt que lutter
Ce chemin de reconstruction conduit Roland Crettaz vers les neurosciences, la nutrithérapie et l'accompagnement humain. Il étudie les interactions entre le cerveau, les émotions, l'alimentation, le sommeil et les comportements, avant d'appliquer ces principes à lui-même. Peu à peu, il retrouve « de la clarté, de l'énergie et du calme intérieur ». Aujourd'hui, il accompagne à son tour des personnes en surcharge mentale, des entrepreneurs épuisés ou encore des individus confrontés à des dépendances et à une perte de repères.
Et dans leurs histoires, il retrouve souvent le même point de départ : « Ce ne sont pas des personnes faibles. Ce sont souvent des personnes qui ont tenu trop longtemps sans comprendre ce qui se passait réellement à l'intérieur d'elles. » Sa conviction s'est construite au fil de son propre parcours :
« On ne transforme pas durablement une vie en se battant contre soi-même. On la transforme lorsqu'on comprend enfin comment on fonctionne. »
Un défi physique, neurologique et humain
C'est précisément de cette réflexion qu'est née la Neuro-Odyssée. En août 2026, Roland Crettaz entreprendra à pied une marche de près de 1900 kilomètres entre Saint-Maurice et Saint-Jacques-de-Compostelle. Un projet à la croisée du défi physique, de l'expérience scientifique et de la quête intérieure. « Un voyage qui me demandera des mois de préparation physique et mentale. »
Durant cette marche de plusieurs mois qui le fera traverser seul trois pays, des Alpes aux Pyrénées jusqu'à l'Atlantique, il souhaite observer concrètement les effets du mouvement, de la récupération, du sommeil, de l'alimentation et de la gestion émotionnelle sur le cerveau humain. « Durant cette traversée, je vais observer et appliquer tout ce que j'enseigne depuis des années : la régulation du système nerveux, la récupération, la nutrition du cerveau, le mouvement, le sommeil, la gestion de la fatigue, la résilience mentale et émotionnelle. Je vais devoir adapter mon alimentation avec précision, me complémenter intelligemment, écouter mon corps, gérer l'effort, la récupération et les défis quotidiens que représente une telle aventure. »
Le projet s'appuie notamment sur les principes de la neuroplasticité, cette capacité du cerveau à créer de nouvelles connexions neuronales tout au long de la vie. La marche intensive favoriserait notamment la production du BDNF, une protéine impliquée dans la croissance neuronale et les capacités d'adaptation cérébrales. Pour lui, l'essentiel se situe toutefois ailleurs. « Marcher près de 1900 kilomètres, ce n'est pas seulement un défi physique. C'est une confrontation avec soi-même, avec la fatigue, le doute, la douleur, les limites mentales. » Le chemin devient alors symbole de transformation. « Je veux démontrer concrètement ce dont le cerveau humain est capable lorsqu'on travaille enfin avec lui au lieu de lutter contre lui. »
Une marche pour transmettre
Au fond, la Neuro-Odyssée dépasse largement l'exploit sportif. Roland Crettaz y voit une manière de transmettre un message d'espoir à celles et ceux qui traversent une période sombre. « Aujourd'hui, j'accompagne des personnes en surcharge mentale, des entrepreneurs épuisés, des femmes et des hommes qui ont perdu confiance en eux, des personnes qui luttent contre des dépendances ou qui ont simplement l'impression de survivre au lieu de vivre. »
Si Roland Crettaz raconte son histoire aujourd'hui, ce n'est pas pour parler du passé. « C'est pour dire à ceux qui traversent quelque chose de similaire qu'il existe une autre voie. Une voie plus humaine. Plus profonde. Nous ne sommes pas condamnés à rester bloqués dans nos schémas, nos dépendances ou notre mode survie. La transformation commence souvent le jour où l'on arrête enfin de se battre contre soi-même. »
Roland Crettaz
Coach certifié en neurosciences et Nutrithérapeute diplômé
Fondateur de la Neuro-Odyssée
Dix questions à Roland Crettaz
Du tac au tac
Je suis Roland Crettaz, coach certifié en neurosciences et nutrithérapeute diplômé. J'ai traversé mes propres tempêtes : l'alcool, les cigarettes, les médicaments, l'épuisement total. Et j'en suis sorti. Pas par magie. Pas grâce à la motivation. Mais en comprenant enfin comment mon cerveau fonctionnait réellement.
Aujourd'hui, j'accompagne les entrepreneurs et les personnes en surcharge mentale à sortir du mode survie. Parce que ce qui les bloque n'est souvent ni un manque de volonté, ni une faiblesse personnelle. C'est un système nerveux épuisé. Une neurochimie déséquilibrée. Et cela peut se transformer.
La Neuro-Odyssée est le projet qui incarne cette mission. Une approche basée sur les neurosciences, la nutrition et la clarté mentale. Pour aider les gens à ne plus seulement survivre… mais à retrouver une vraie qualité de vie.
Quel super pouvoir aimeriez-vous posséder ?
J'aimerais avoir le pouvoir de calmer instantanément la souffrance intérieure des gens. Parce qu'on croise tellement de personnes qui sourient en apparence… alors qu'à l'intérieur, elles sont épuisées, perdues ou en train de se battre en silence. Si je pouvais leur redonner un peu de paix, de force et d'espoir en un instant… ce serait sûrement le plus beau des pouvoirs.